Le réveil a sonné à 9h30. Ça blablate, je crois. Un vieux Mylène ensuite. Du genre qui me fait bouger et danser dans mon lit, le popotin qui s'déchaîne et les paroles qui sortent à flot. Ce matin, rien. Pourtant je voulais mais je dois m'être bloquer un truc cette nuit, je me sens toute contractée, tendue, et puis quand elle a dit "Tout est Chaos" moi j'ai fait une sorte de grognement inaudible, même si je chante mal on est loin de mes performances habituelles.
Pour une fois ce matin j'ai pas froid, pas chaud non plus en même temps. Mais bon depuis que j'ai croisé des pingouins près de chez moi en train de faire du patinage sur les trottoirs j'ai la preuve qu'
Ça me cause pas d'état d'âme cette histoire de réveil mort dans la fleur de l'âge. Je me déplace juste vers le reste de l'appart, même pas j'allume Didascalie, même j'y pense. Je sens juste que j'ai besoin de quelque chose, que j'en ai une faim folle. Mais je ne sais pas vraiment quoi...
Comme j'ai faim je vais vers ma cuisine, bah oui mon cerveau réagit en binaire ce matin mais je sais que j'vais pas trouver à manger dans la cuvette de mes chiottes. Par contre en y allant je passe devant ma salle de bain, la porte est ouverte, le miroir me fait face, mon sang ne fait qu'un tour. Manger !
Je cours, enfin je fais deux pas mais genre très vite quand même, jusqu'au miroir, je vois cette femme en face de moi, elle me regarde, je m'approche, renifle la glace, j'ai envie de croquer, je comprend lentement que ce n'est que mon reflet, l'odeur ne m'inspire rien, l'image elle me fait penser à un tartare de boeuf, quand la chair croque sous les dents. Je comprend. Mes pupilles rougeoyantes font des allers-retours dans le dedans de mes yeux tellement l'envie me tanne, tellement je me sens comme une obèse en plein régime devant un paquet de Lay's.
Un bruit me fait sortir de la salle de bains. La chatte miaule et se frotte au mur, elle fait sa charmeuse féline car elle aussi elle a faim. Elle me regarde, je grogne, la tête penchée je bave, elle comprend et
On sonne à la porte ... Mon corps entier se met en ébullition, j'en lâche Piupium, l'odeur est un délice, ça inonde mon palais, ça passe par tous les interstices de la porte, je deviens hystérique, je rugis comme une lionne devant un lot d'gazelles.
Je réfléchie pas à comment ouvrir la porte, la faim me fait prendre des raccourcis, je colle mon poing en plein dans le juda et laisse un trou béant. Devant mes yeux criant la faim, la rage et la convoitise le facteur. Il crie. Tout s'accélère. Mon Poing. Son col. Son corps traversant la Porte. Ses cris. Mes cris. Son cou. Sa chair. Ses os dans un crissement infect. Ses
Je sors de chez moi ...
Et je me dis enfin quelque chose qui me fait esquisser un presque sourire sur mon visage coagulé : Roselyne s'il te plaît, ne m'envoie plus d'invit' pour une vaccination alors que j'ai prévu de me faire une soirée matage de film de zombies...Le lendemain matin, je gère mal...
